La Seyne-sur-Mer possède un patrimoine religieux riche et diversifié qui témoigne de son évolution, de petit village de pêcheurs à ville industrielle puis station balnéaire. Avec environ 16 édifices religieux recensés sur son territoire, la commune varoise offre un remarquable panorama architectural allant des chapelles anciennes aux églises contemporaines. Ces lieux de culte racontent l’histoire d’une population maritime profondément attachée à sa foi et à ses traditions méditerranéennes.

I. L’église Notre-Dame-de-Bon-Voyage : le joyau du centre historique

A. Une histoire liée à l’essor de La Seyne

L’église Notre-Dame-de-Bon-Voyage constitue le cœur spirituel et patrimonial de La Seyne-sur-Mer. Son histoire débute au XVIe siècle, lorsque quelques familles de pêcheurs édifient en 1501 une chapelle rustique près du rivage. À cette époque, La Seyne n’est qu’un modeste quartier dépendant de la paroisse de Six-Fours.

Face à l’accroissement de la population, le seigneur de Six-Fours, l’abbé de Saint-Victor Frangipani, autorise en 1603 la construction d’une chapelle plus spacieuse au vocable de Notre-Dame de Bon Voyage, nom évoquant la protection des marins. Cette chapelle devient église succursale en 1614, puis accède au titre d’église paroissiale en 1657, marquant le détachement de La Seyne de sa paroisse mère.

Dès 1673, le conseil communal décide la construction d’un édifice plus imposant. Les habitants font preuve d’une vision ambitieuse en lui donnant des proportions importantes, anticipant le développement futur de la ville. Le 8 juin 1674, Monsieur Gabriel Bernard, vicaire général, pose et bénit la première pierre. L’église, dédiée à la Visitation de la Sainte Vierge, est construite de 1674 à 1682 selon les plans du curé Rossoli.

B. Un patrimoine architectural et artistique remarquable

L’édifice présente une architecture imposante avec ses 39 mètres de long, 19 mètres de large et 17 mètres de haut. L’église est constituée de trois nefs de quatre travées voûtées d’ogives, se terminant par un chœur carré coiffé d’une voûte en coupole à huit côtés avec un oculus ovale. La nef principale mesure 7 mètres de largeur, tandis que les nefs secondaires font 5 mètres chacune.

En 1892, l’édifice fait l’objet d’une importante restauration avec la construction d’une façade au pignon décoré de modillons présentant une belle rosace encadrée par un grand arceau. Le portail roman est couvert d’un fronton triangulaire servant de niches à de petites statues, avec une porte surmontée d’un tympan soutenu par un pilier central.

L’intérieur recèle de véritables trésors classés aux Monuments Historiques. On y trouve notamment des orgues, dont un classé, et quatre cloches datant de 1862, fournies par Émile Baudoin. La plupart des éléments mobiliers ont été protégés au titre des Monuments Historiques en 1990 et 1993.

Parmi les pièces maîtresses figurent deux grandes statues en bois doré représentant Saint Pierre et Saint Paul. Cette dernière sculpture a été réalisée par André-Joseph Allar, natif de Toulon et Grand Prix de Rome en 1869. L’église abrite également un buste reliquaire de Saint Éloi, tous deux classés monuments historiques.

L’autel, construit par la grande marbrerie artistique de Bourg-Saint-Andéol, a été offert par Amable Lagane, directeur des chantiers de La Seyne, à l’occasion du mariage de sa fille en 1892. Le mur du chevet plat soutient un retable, œuvre d’un Seynois nommé Monsieur Estienne, avec un tableau représentant la Visite de la Vierge Marie à sa cousine Élisabeth.

II. Les églises modernes : témoins de l’expansion urbaine

A. L’église Notre-Dame-de-la-Mer (Mar Vivo)

Implantée dans le quartier touristique des Sablettes, l’église Notre-Dame-de-la-Mer (également appelée Mar Vivo) représente l’architecture religieuse des années 1960. Contrairement à l’architecture baroque de Notre-Dame-de-Bon-Voyage, cette église se caractérise par sa sobriété et sa luminosité remarquable.

L’édifice peut accueillir jusqu’à 600 personnes, ce qui en fait un lieu polyvalent. Outre son rôle de lieu de culte, l’église accueille régulièrement des concerts grâce à son excellente acoustique. Ses beaux vitraux illuminent l’espace intérieur, créant une atmosphère propice au recueillement. Un oratoire complète l’ensemble et mérite également une visite.

B. L’église Saint-Jean

L’église Saint-Jean, également située dans le secteur de Mar Vivo, participe au maillage paroissial de la ville et dessert les quartiers développés au cours du XXe siècle.

III. Les chapelles : sentinelles de la foi et du territoire

A. Les chapelles maritimes

La chapelle Notre-Dame-de-Balaguier se dresse au 106 route de Balaguier, à proximité du célèbre fort de Balaguier. Cet oratoire témoigne de la dévotion des populations maritimes et de l’importance stratégique de ce secteur côtier. La chapelle du fort elle-même associe le patrimoine militaire au patrimoine religieux, illustrant le lien entre défense du territoire et protection spirituelle.

B. La chapelle Notre-Dame-du-Mai

Perchée sur les hauteurs du massif du Cap Sicié, la chapelle Notre-Dame-du-Mai, aussi appelée Notre-Dame-de-Bonne-Garde, constitue l’un des sites les plus emblématiques du patrimoine seynois. Ce lieu de pèlerinage offre un panorama exceptionnel sur la rade de Toulon, la Méditerranée et les îles d’Hyères.

Cette chapelle, accessible après une montée depuis les différents versants du Cap Sicié, attire tant les fidèles que les randonneurs et les amoureux de paysages naturels. Elle symbolise la protection divine veillant sur les marins et les populations côtières.

C. Les autres chapelles du territoire

Le territoire seynois compte plusieurs autres chapelles qui jalonnent les quartiers et témoignent de l’histoire religieuse locale :

La chapelle des Pères Montfortins, située 5 rue Chevalier de la Barre, rappelle la présence de cette communauté religieuse qui a marqué la vie spirituelle de la ville.

La chapelle Saint-Vincent perpétue la mémoire du saint patron particulièrement vénéré dans les communautés de pêcheurs méditerranéens.

La chapelle Sainte-Marie, au sein de l’Institution Sainte-Marie, illustre le rôle de l’enseignement catholique dans l’éducation des jeunes Seynois.

IV. Un patrimoine vivant et protégé

A. Les protections et restaurations

L’église Notre-Dame-de-Bon-Voyage bénéficie d’une inscription au titre des Monuments Historiques depuis le 2 décembre 1987, reconnaissance officielle de sa valeur architecturale et historique. Cette protection garantit la conservation et la transmission de ce patrimoine exceptionnel aux générations futures.

Les travaux de restauration et de mise en valeur se poursuivent régulièrement pour préserver les éléments remarquables : orgues, statues, tableaux, boiseries et éléments décoratifs. Ces interventions nécessitent l’intervention de professionnels qualifiés : restaurateurs d’art, ébénistes, facteurs d’orgues et artisans spécialisés.

B. Vie cultuelle et culturelle aujourd’hui

Le patrimoine religieux seynois demeure un patrimoine vivant, animé par les paroisses actives de la ville. La paroisse Notre-Dame-de-Bon-Voyage, située 13 rue Martini, coordonne les activités spirituelles et liturgiques.

Ces édifices ne se limitent plus à leur seule fonction cultuelle. Ils accueillent régulièrement des événements culturels : concerts de musique sacrée, expositions, conférences sur le patrimoine et visites guidées. L’Office de Tourisme de La Seyne-sur-Mer propose d’ailleurs des circuits patrimoniaux permettant de découvrir ces richesses architecturales dans leur contexte historique et urbain.

Les journées du patrimoine, chaque septembre, constituent un moment privilégié pour accéder à ces lieux, parfois fermés en dehors des offices, et bénéficier de commentaires d’experts ou de bénévoles passionnés.

Conclusion

Le patrimoine religieux seynois constitue un livre ouvert sur l’histoire de la ville. De l’église baroque Notre-Dame-de-Bon-Voyage aux églises contemporaines des Sablettes, en passant par les chapelles de quartier et les oratoires perchés, chaque édifice raconte une page de l’épopée seynoise.

Ces églises et chapelles témoignent de l’évolution d’une communauté maritime et populaire, profondément attachée à sa foi méditerranéenne et à ses traditions. Elles reflètent aussi les différentes périodes architecturales, du style baroque du XVIIe siècle à l’architecture moderne du XXe siècle.

Aujourd’hui, ce patrimoine constitue un atout touristique et culturel majeur pour La Seyne-sur-Mer, tout en continuant d’accompagner la vie spirituelle des Seynois. Sa préservation et sa valorisation représentent un enjeu essentiel pour transmettre cette mémoire collective et cette richesse architecturale aux générations futures.